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Debout, micro ouvert, Au Poste retourne le réel
Debout, micro ouvert, Au Poste retourne le réel Pour défendre les libertés et nourrir le débat à gauche Média 100% live créé par l'écrivain réalisateur David Dufresne Sans montage ni formatage
L'androcène, c'est mort. Avec Adélaïde Bon, Sandrine Roudaut & Sandrine Rousseau
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Environnement

L'androcène, c'est mort. Avec Adélaïde Bon, Sandrine Roudaut & Sandrine Rousseau

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Les deux premières ne sont jamais venues Au Poste ; la troisième est une habituée. Ensemble, elles débarquent pour nous annoncer que, enfin, l'Androcène, l’ère de l’homme, enfin, de certains ; c'est (bientôt) fini. Promis : pas de polémique à la noix, du fond, rien que du fond. Parce qu'on est comme ça, Au Poste.

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Série
Au Poste
Invité(s)
Adelaïde Bon, Sandrine Roudaut, Sandrine Rousseau
Durée
0 h 01
Début prévu
23 novembre 2022 09h 00min 00s
Fin prévue
23 novembre 2022 11h 30min 00s
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À l'encontre des récits « de puissance, de maîtrise et de domination », l'ouvrage « Par-delà l'Androcène » est un manifeste des intérêts communs de l'humanité, à une époque où les crises de notre environnement les rendent d'autant plus visibles et urgents. Les trois autrices dénoncent la confiscation des rapports sociaux par l'alliance de deux discours, l'injonction à consommer d'une part et la désignation de l'humanité comme intrinsèquement mauvaise et nécessitant d'être régulée par une fraction puissante. En bref : « travaille, consomme et tais-toi, on s'occupe de tout ». Ce schéma économiquement idéal dans une optique capitaliste s'applique par la domination et la conquête, produisant des effets bien concrets et à toutes les échelles sur les corps, sur les ressources, sur l'environnement.

Sandrine Rousseau précise que ce sont les récits structurels de cette société-là qui sont genrés. Alors, évacuons immédiatement une question triviale : oui, une femme au pouvoir peut perpétuer les mêmes mécanismes. Mais n'omettons pas que les postes de pouvoir, là où sont prises les décisions structurelles, ont de tous temps été très majoritairement occupés par des hommes. L'écoféminisme puise sa raison d'être dans le lien qui est fait par ses militantes et militants entre d'une part, le fait que les structures de domination soient incarnées par des hommes, et d'autre part, les dégâts causés par ces structures. Cette lecture des sociétés modernes a pour vocation d'enrichir aussi bien les luttes anticapitalistes qu'antipatriarcales.

En effet, si le patriarcat remonte à la nuit des temps, ses formes actuelles sont à lire, et donc à critiquer, à l'aune des philosophies modernes. Sandrine Rousseau explique la distinction entre nature et culture comme une façon pour les puissants de légitimer leur domination par leur « distance » à la nature, en renvoyant l'altérité à un sous-état de culture et que l'on peut, au besoin, éduquer (cultiver) ou exploiter, voire les deux. C'est ainsi que le progrès a été explicitement conditionné à l'émancipation de la nature et l'exploitation de celle-ci. Une hiérarchie se construit alors au moyen de cette nouvelle échelle de valeurs, dans laquelle les hommes, qui comme toujours détiennent le récit, jouent le meilleur rôle.

L'écoféminisme propose de sortir par le haut du débat opposant anticapitalisme et féminisme. Les hommes dominent les femmes, les exploitants dominent les prolétaires selon une même injonction. Les hommes au travail, en même temps qu'ils sont éminemment exploités, entretiennent le système de production capitaliste, et sont rémunérés pour cela : ils participent à la « culture », là où leurs femmes sont considérées comme restant du côté de la « nature ». Mettre au jour les rapports sociaux qui permettent cela est un « préalable à la réconciliation nécessaire » et appelée de leurs vœux par nos invitées. Déplacer la culpabilité des individus à l'échelle systémique ouvre la porte à ce que chacune et chacun reconnaisse sa place dans ce système et se déconstruise.

Sandrine Roudaut complète : les valeurs aujourd'hui prônées que sont le contrôle, l'indifférence, la raison froide, le calcul face à l'émotion, « la disponibilité à l'inattendu » sont nécessaires aux mécanismes de domination pour perdurer. Cette fermeture de nos sensibilités explique en partie notre résilience aux conséquences abjectes de notre mode d'organisation. Et face à la froideur, « changer le système » ne se fera pas sans revendiquer nos émotions, nos indignations, nos colères, nos joies.

C'est dans cet esprit que les trois autrices racontent avoir travaillé ensemble, en le nourrissant de leurs parcours respectifs, de leurs expériences et de leurs observations. Avec la volonté de couper du modèle ambiant de « monoculture intensive  » qui presse les humains - comme les plantes - à se conformer à un modèle pour augmenter leur rendement, elles donnent l'exemple par leur travail d'une « polyculture » qui tire parti du meilleur de chacune, et dont chacune tire parti. « Par-delà l'Androcène » nous emmène partout où l'androcène marque les corps, débusquant les rapports de domination, les dégâts du récit, les vides qui nous lient. Dans tous ces espaces, et ailleurs encore, l'ouvrage tisse le paysage d'un possible empli de joies : celles de partager, de créer, de se rapprocher de son propre corps et de celui des autres.

Un tel espace, ça n'a pas de prix
Agnès Levallois
Canapé orange d'Au Poste

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