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Etudiants cinéma Paris-Diderot

Etudiants en cinéma

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Le 30 mars 2021, en pleine période de cours à distance imposée par la pandémie, les étudiants du cours « Filmer la police » de l’Université Paris Diderot se retrouvent exceptionnellement projetés hors du cadre universitaire traditionnel. Depuis leur écran, réunis sur Zoom, ils dialoguent en direct avec David Dufresne, dans une émission diffusée sur la chaîne Twitch Au Poste. Ce dispositif hybride  entre cours, rencontre publique et laboratoire critique devient le terrain d’une prise de parole étudiante d’une rare intensité.

Dès l’ouverture, Rémi Lovin, leur enseignant, rappelle que ces vingt-deux étudiants travaillent sur la représentation de la police : comment elle filme, comment elle est filmée, comment ces images se construisent et se lisent. Leur première question donne immédiatement la mesure de leur engagement intellectuel : ils interrogent la genèse d’Un pays qui se tient sage en demandant si ce sont les images qui ont guidé la forme ou la forme qui a façonné les images. Leur approche met en lumière un rapport déjà très mûr à la notion de construction filmique.

Très vite, les étudiants déplacent la discussion vers un questionnement théorique sur les conditions de réception des images. S’appuyant sur la pensée de Jacques Aumont, ils analysent la différence entre le flux rapide des réseaux sociaux et la durée imposée par la salle de cinéma. Pour eux, le cinéma “tient le regard” là où les plateformes “épuisent” l’attention. Ils ne s’intéressent donc pas seulement aux scènes filmées, mais à l’écosystème visuel dans lequel ces scènes existent.

L’un des moments les plus remarquables survient lorsqu’ils abordent la séquence de confrontation entre Taha Bouhafs et Benoît Barré. Plusieurs étudiants proposent une analyse minutieuse du langage corporel, des silences, du léger pivot du syndicaliste sur sa chaise, de ce moment où l’homme semble vaciller sous la charge des images. Ils perçoivent ce que beaucoup ne voient pas : non pas une victoire d’argument, mais un instant d’humanité nue, où la fonction cède un pas à la personne. Leur lecture, d’une finesse cinéphile rare, étonne même David Dufresne, qui souligne la pertinence de leurs observations.

Ils poussent ensuite la réflexion vers une interrogation essentielle : comment préserver l’authenticité des images ? Loin de se satisfaire d’une opposition simpliste entre objectivité et subjectivité, ils évoquent l’effet Koulechov pour montrer comment le montage crée du sens. Leur préoccupation n’est pas seulement technique : elle est éthique. Ils questionnent la responsabilité de celui qui assemble les images, la frontière entre mise en scène et manipulation, la nécessité de laisser parler les images sans les trahir.

Ce souci de justesse apparaît également dans leur question sur l’image finale du film, l’une des plus intenses. Ils interrogent non la violence en elle-même, mais le choix de la montrer, le risque d’obscénité, la place de l’émotion dans un récit documentaire. Ils envisagent le cinéma comme un espace où l’on doit articuler l’expérience sensible et la distance critique  une posture qui témoigne de leur maturité.

Tout au long de l’entretien, ils démontrent une aisance à élargir les enjeux : fiction policière, séries américaines, rap conscient, sociologie des représentations. Ils tissent des passerelles, relient les images à leur contexte social, culturel et politique. Leur parole, libre et rigoureuse, donne à cette rencontre une profondeur inattendue.

Ainsi, ce 30 mars 2021, depuis un cours à distance devenu scène publique, les étudiants de Paris Diderot montrent que la jeunesse ne se contente plus de recevoir les images : elle les scrute, les interprète, les questionne. Leur intervention fait de cette émission un moment de réflexion collective où l’on voit à l’œuvre une génération qui, loin de subir le réel, apprend à le regarder  et surtout, à le comprendre.

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DateInvité·esSélection des abonné·esTitre
30/03/2021
  • Etudiants cinéma Paris-Diderot
Le cinéma des forces de l'ordre - avec les étudiants en cinéma de Paris-Diderot

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